Dans la cour d’école
« Les guerriers, ils ont des casquettes. »
David, 5 ans.
–
Dis, tu
nous racontes des trucs comme hier… ?
–
Des trucs
comme hier ?
–
Oui, tu
sais bien…
–
Ah oui,
je m’en souviens… avec les ani…
–
Oui, avec
les animaux, et les objets et les insectes et tout et tout !!!
–
Bon,
d’accord.
–
Allez,
vas-y !!!
–
Hier,
j’ai rencontré un lion qui allait faire la course avec une grenouille…
–
Aaaah !!
Avec une grenouille !! Et un lion !!
–
Donc, un
lion et une grenouille ont décidé de faire la course dans la jungle, ils se
mettent tout deux sur la ligne de départ et…
–
Une ligne
de départ dans la jungle !!
–
Oui, une
ligne de départ dans la jungle ; donc, tous deux sont sur la ligne de
départ et puis… devinez qui va gagner la course ?
–
Le lion,
le lion !!!
–
Oui, effectivement,
c’est le lion, et pourquoi est-ce le lion qui gagne ?
–
Les lions
ça coure plus vite que les grenouilles !!!
–
Le lion
gagne car il a mangé la grenouille, il s’est dit : « on ne sait
jamais. »
–
Le lion
mange la grenouille !!! Encore, encore !!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai croisé le soleil qui rentrait chez lui…
–
Le soleil
qui rentrait chez lui !!! Aaaahh, aaaahhh !!!
–
Le soleil
rentrait chez lui, il avait froid et il faisait déjà nuit alors, il a mis son
écharpe et sa cagoule, et puis il a sorti une bougie de sa poche qu’il a
allumée pour s’éclairer.
–
Nooonn !!!
le soleil n’a pas de poche, et il porte pas de cagoule !!!
–
Le mien,
si.
–
Des
poches et une cagoule !!! Encore, encore !!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai croisé un éléphant qui avait mal aux pieds,
alors il a enlevé ses chaussures et a mis des chaussons.
–
Un
éléphant avec des chaussons !!! Nooonn !!
–
Mais oui,
un éléphant avec des chaussons.
–
Encore !!
encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai vu un arbre cueillir des champignons.
–
Des
champignons !!! Nooonn !! Encore, encore !!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, la piscine avait pris les couleurs de la lune.
–
Les
couleurs de la lune !!! Encore !! Encore !!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai vu la lune faire des photos de la terre pour
les envoyer au Père Noël.
–
La lune
qui fait des photos !!! Encore, encore !!!
–
Hier soir
en rentrant chez moi, les nuages roses faisaient pleuvoir des malabars au
chocolat.
–
Des
malabars au chocolat !!! Encore !!!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, les lumières de la ville allaient se mettre à table
afin de déguster une soupe aux crayons de couleur.
–
Une soupe
aux crayons de couleur !!! Nooonn !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai vu un escargot acheter un casque de moto.
–
Un escargot
avec un casque !!! Encore !!
–
Une
limace portait un bonnet bleu.
–
Encore !!
–
Du ciel,
il tombait des fleurs.
–
Encore !!
–
De la
terre poussaient des oiseaux.
–
Encore !!
–
Et la
pluie avait un goût de grenadine.
–
Nooonnn !!!
Encore !! Encore !!
–
Hier soir
en rentrant chez moi, j’ai vu le soleil demander son chemin aux étoiles, il
avait toujours froid et sa bougie à la main.
–
Encore !!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai vu le toboggan de l’école se laver les dents
avec une orange.
–
Il s’est
lavé les dents avec une orange !!! Noooonnn !!!! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, le village m’a dit qu’il avait froid, comme le
soleil, alors, je lui ai prêté ma veste.
–
Tu lui as
prêté ta veste !!! Noooonnn !!!! Encore !!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai croisé le papillon qui était à la recherche de
sa moto, mais l’escargot lui avait volée.
–
Les
papillons font pas de moto !!!!
–
Les
miens, oui.
–
Encore !!!
Encore !!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, les oiseaux faisaient la ronde autour d’un sapin.
–
Les oiseaux
qui font la ronde autour d’un sapin !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, la pluie au goût de grenadine m’a demandé une carte
de la ville pour ne pas se perdre.
–
La pluie
à la grenadine !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai fait la conversation à un esquimau qui voulait
apprendre à chanter sous l’eau.
–
Noooonnn !!
Les esquimaux c’est pas ici !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, les maisons mangeaient les volets de leurs
fenêtres.
–
Les maisons
qui mangent les volets !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai entendu mon écharpe éternuer.
–
Nooonnn !!!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, les feuilles jouaient à chat.
–
Encore !!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, les barrières en bois écoutaient de la musique
classique.
–
Nooonnn !!!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai croisé des libellules qui cherchaient la
bagarre à un abricot.
–
La
bagarre à un abricot !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, les crayons de couleur nageaient toujours dans la
soupe.
–
Encore !!
Encore !!
–
Le soleil
avait toujours froid, le soleil était toujours perdu.
–
Encore !!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai vu tous les vélos partir à la chorale de
l’école.
–
Nooonnn !!!
Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, il m’a semblé apercevoir des petits singes faire
leur nid dans les pommiers.
–
Noooonnn !!!
Encore !! Encore !!!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, il y avait une course de nénuphars dans la cour de
l’école.
–
Des
nénuphars qui font la course !!! Noooonnn !!! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, la neige qui tombait s’est transformée en vers de
terre.
–
En vers
de terre !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, il y avait les voitures qui voulaient rentrer
à pieds.
–
Encore !!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, la girafe s’est mis à parler avec une limace.
–
Encore !!
Encore !!
–
Les
lapins prenaient le thé avec maître renard.
–
Encore !!
Encore !!
–
Le
porc-épic mettait son blouson pour aller à la pêche à la baleine. Et les souris
jouaient aux cartes avec un vieux tigre.
–
Encore !!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai vu les trottinettes mâchouiller des pailles.
Et les bancs de l’école, distribuer des bonbons aux oiseaux.
–
Les
trottinettes qui mâchouillent !!!! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, les pantalons se sont mariés aux chaussures et les
chaussettes aux culottes.
–
Nooonnn !
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, le vent m’a demandé un mouchoir car il avait oublié
les siens à la piscine.
–
Mais
nooonnn !!! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, je suis passé à la piscine et j’ai retrouvé les
mouchoirs que le vent avait perdu.
–
Il a
retrouvé les mouchoirs du vent !! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, un petit chat m’a raconté une blague sur les
souris.
–
Une
blague sur les souris !!! Encore !! Encore !!
–
Si la
souris sourit au chat, alors le chat charmé sourit à son tour à la souris qui
sourit toujours. Et en rentrant chez moi hier soir, les feuilles ont applaudi à
l’histoire du chat.
–
Encore !!
Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, j’ai vu l’escargot rouler comme un bolide sur la
moto du papillon.
–
La moto
du papillon !! Encore !! Encore !!
–
Hier
soir, en rentrant chez moi, il y avait de l’herbe verte et bleue qui poussait
sur les jouets des enfants.
–
Allez !!
Encore une !! S’il te plait !!
–
Je… Et
puis hier soir, quand je suis rentré chez moi, et que j’ai vu son visage
pleurer, une pluie rougeoyante frappait toujours à nos fenêtres, et ses paroles
de haine dévoraient les miennes, il faisait froid, il faisait sombre, nos pas
étaient peu assurés, les couleurs de notre vie commune s’étaient effritées et
les quelques photos éparses ne renvoyaient plus sa lumière, et les lumières de
la ville s’infiltraient pour dévoiler nos ombres à l’obscurité, la photo d’un
adolescent sur une moto, le souvenir d’une matinée amère couleur grenadine, se
sentir perdu, ne pas pouvoir demander son chemin, une dernière ronde autour de
son cercueil un autre jour amer couleur grenadine, vouloir s’enfermer, avoir du
mal à reprendre son souffle, sembler se noyer, briser par le chagrin, regarder
les feuilles qui virevoltent et qui s’échouent sur l’herbe aux sons d’un violon
torturé par des mains fatiguées, chercher des réponses en nous-même, mais
toujours ce même sentiment de solitude et de déchéance. Hier soir, en rentrant
chez moi, je savais qu’encore une fois, j’affronterais sa perte, encore,
encore…